Bien que cela se soit produit il y a bien longtemps, mes souvenirs de cet instant ne m'ont jamais quitté. Chaque détail, aussi insignifiant soit-il, est resté intact. Nul ne pourra ainsi dire que ce qui s'est passé à ce moment là n'est que zèle de mon esprit. Cet abominable souvenir a forgé le caractère que je présente aujourd'hui. J'avais, et je crois bien que je le suis toujours, été traumatisé par ce que j'ai vu, entendue ou même encore ressenti. Ma s½ur et moi avons été traqués comme des criminels pendant plus de deux jours. A chaque instant, la peur s'emparait de nous, nous faisant oublier toute notion de faim, de soif ou de fatigue. Je ne sais pas vraiment quel terme utiliser ; la peur, la terreur et l'horreur seraient des termes bien trop faibles pour qualifier ce que nous avons vécus.
A cette époque, j'étais un garçon souriant, serviable et, il faut bien l'avouer, quelque peu paresseux. Je n'aimais pas beaucoup l'école, non pas que les cours ne m'intéressaient pas, mais simplement que je devais me lever tôt et que je détestais apprendre quoi que ce soit, au grand désespoir de mon maître qui disait que j'avais un grand potentiel mais très bien caché. Mon père était désespéré de mes résultats et ma mère préférait ne pas en parler pour ne pas rendre l'atmosphère encore plus invivable. Pour ma part, cette situation ne m'embêtait pas plus que ça et je continuais mon banal quotidien. Du moins, jusqu'à ce jour d'hiver où tout à changé et où ma vie s'est effondrée.
Le soleil était déjà haut dans le ciel lorsque je m'éveillai. Au-dehors, les oiseaux chantaient leurs gracieuses mélodies hivernales. Tout semblait calme, rien ne perturbait le long et interminable cours de la nature. Ma petite s½ur, Mirielle, entra en trombe dans ma chambre, suivie de mon grand frère Erneste, me criant à tue-tête qu'il n'était plus l'heure de dormir. Quoi qu'il arrive, elle était toujours heureuse, rayonnante, amusée d'un rien et éblouie par la beauté du monde qui l'entourait. Tout le contraire de mon frère qui, lui, était froid, insensible et impénétrable. Tous deux étaient des opposés et pourtant ils s'entendaient assez bien en général. Bien sur, comme tout frère et s½ur nous nous tirions les cheveux de temps en temps, mais jamais rien de bien méchant.